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1891

V

Georges RODENBACH

Tel dimanche pour moi s'embaume de la voix Des soprani, s'ouvrant comme une cassolette Dans quelque église. Ô voix doucement aigrelette ; Chant comme tuyauté, comme raide d'empois,

Évoquant des rochets plissés de séminaires. Tout à coup l'orgue exulte et roule ses tonnerres Puis se tait ; et le chant des soprani reprend, Chant frêle, chant mouillé parmi la vaste église,

Montant dans le silence et le réfrigérant De son mince jet d'eau qui se volatilise… L'orgue encor recommence à hisser ses velours Qui s'éployent à grands plis sonores dans l'abside ;

Puis un autre motet frêlement se décide Et s'entr'aperçoit vague entre les piliers lourds. Oh ! Si vague, on dirait un cierge qui s'allume ; Ce n'est pas un oiseau ; c'est à peine une plume

Qui vacille dans le vent doux des encensoirs… Et l'orgue de nouveau hisse ses velours noirs. Or en les entendant, ces voix insexuelles, On songe aux vieux tableaux, on songe aux chérubins

Qu'en des assomptions les primitifs ont peints, Des chérubins n'ayant qu'une tête et des ailes, Enfants-fleurs d'un jardin quasi-religieux, Envolement de lis devenant des colombes…

Ah ! Ces chants d'innocence, et si contagieux ! Linges frais par-dessus la fièvre de nos lombes…

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