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1891

V

Georges RODENBACH

Dans le cadre précis du bassin d'eau dormante Où gît l'eau nostalgique et qu'un regret tourmente, Tout est gris-doux comme la fin d'un demi-deuil. L'eau se dilate ; elle a des transparences d'œil,

Œil bénin, œil de femme où tout un ciel se rêve, — Oh ! L'émoi de descendre en cet iris profond Et dans cette prunelle où les nuages vont ! — Mais l'ivresse de s'y rêver divin est brève

Car on se heurte vite aux si courtes parois, Quand le cristal se brise en brusques désarrois Et qu'un gouffre mortel, quoique exigu, succède À tout cet infini qu'on supposait dans l'eau !

Mensonge équivalent d'un œil cher, d'un œil beau Qu'on voudrait habiter comme une source tiède Où l'azur sans limite irait à l'infini. Mais le voyage aussi dans cet œil n'est qu'un leurre,

Car derrière l'iris au cristal aplani L'amour naïf, qui plonge au fond, soudain s'épeure, Se heurte et se fait mal à la froideur du cœur, Dont le néant si proche est une vasque étroite.

Et dire qu'on rêvait tout un ciel en langueur Et pour s'y dorlotter des nuages de ouate.

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