Chaque rêve, les soirs de rêve, qu'on formule
A l'air de s'évader de nous languissamment
Et de traîner par la chambre comme une bulle
Portant la part d'azur au fond de nous dormant ;
Globes fragiles, or et bleu, boules de verre
Où tout le luxe clair de la chambre est miré.
L'une suit l'autre ; l'une est vacillante, elle erre
Avec une lenteur de flocon expiré ;
D'autres rôdent d'un air perdu de somnambules,
Ayant peur des rideaux, ayant peur du plafond,
Car, se heurter un peu, c'est la mort… elles vont !
La chambre fait silence et jongle avec ces bulles.
Or le miroir cruel les attire. Voici
Qu'elles virent dans l'air vers la clarté du piège,
Croyant l'espace libre en ce cadre transi
Dont le leurre recule un chemin qui s'abrège.
Mais toutes, arrivant près du miroir blafard,
Où leur illusion voyait une fenêtre
Ouverte à l'infini, sur l'infini peut-être,
Y sentent éclater leur cristal plein de fard…
— Symboles de la fuite éparse de nos rêves
Qui vont vite mourir au fond des glaces brèves.