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1891

IX

Georges RODENBACH

Chaque rêve, les soirs de rêve, qu'on formule A l'air de s'évader de nous languissamment Et de traîner par la chambre comme une bulle Portant la part d'azur au fond de nous dormant ;

Globes fragiles, or et bleu, boules de verre Où tout le luxe clair de la chambre est miré. L'une suit l'autre ; l'une est vacillante, elle erre Avec une lenteur de flocon expiré ;

D'autres rôdent d'un air perdu de somnambules, Ayant peur des rideaux, ayant peur du plafond, Car, se heurter un peu, c'est la mort… elles vont ! La chambre fait silence et jongle avec ces bulles.

Or le miroir cruel les attire. Voici Qu'elles virent dans l'air vers la clarté du piège, Croyant l'espace libre en ce cadre transi Dont le leurre recule un chemin qui s'abrège.

Mais toutes, arrivant près du miroir blafard, Où leur illusion voyait une fenêtre Ouverte à l'infini, sur l'infini peut-être, Y sentent éclater leur cristal plein de fard…

— Symboles de la fuite éparse de nos rêves Qui vont vite mourir au fond des glaces brèves.

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