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1891

IX

Georges RODENBACH

Aux vitres de notre âme apparaissent le soir Des visages anciens demeurés dans le verre ; Leur souvenir, malgré le temps, y persévère, Visages du passé qu'on souffre de revoir :

Fronts sans cesse pâlis ; lèvres déveloutées ; Yeux couverts chaque jour d'ombres surajoutées Et qui dans la mémoire achèvent de mourir… Visage d'une mère ou visage de femme

Qui jadis ont vécu le plus près de notre âme. Encor si l'on pouvait un peu les refleurir Ces faces, dans le verre, à peine nuancées Et voir distinctement leurs traits dans nos pensées !

Facesmortes toujours près de s'évanouir Et sans cesse émergeant, — sitôt qu'on les oublie, — Au fil de l'âme, en des détresses d'Ophélie Dont les cheveux de lin ont un air de rouir…

Ah ! Comment essayer d'avoir un peu de joie Quand les vitres de l'âme aimante sont de l'eau Où reparaît sans cesse et sans cesse se noie Un doux visage intermittent dans un halo !

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