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1891

IX

Georges RODENBACH

Les cloches, c'est de la séculaire musique, Musique dont la vie un peu se communique À l'agonie, à la tristesse des murs gris Qui se sentent moins seuls, un moment, moins aigris ;

Car c'est du bruit joyeux qui sur eux persévère Ô vieux murs, rajeunis par ce chant cristallin, Quand les cloches, au long d'un escalier de verre, Viennent enguirlander, d'airs nouveaux, leur déclin.

Vieux murs, pignons déchus et pierres condamnées Qui reprennent un peu de joie en entendant Les cloches s'animer dans le rose occident, Elles qui sont les sœurs de leurs jeunes années,

Elles qui sont les sœurs de joviale humeur Et qui, pour égayer leur abandon qui meurt, — Ô taciturnes murs qui n'ont plus qu'elles seules ! Vont inventer des jeux mièvres dans l'air muet.

Alors c'est tout à coup un galant menuet, Danse de l'autre siècle où de frêles aïeules Rapprennent à danser sur un air sémillant ; Une fête de bronze au fond du ciel atone

Avec d'autres, encor plus vieilles, béquillant À travers le silence et le froid de l'automne, Qui viennent de tous les clochers du ciel natal… Tandis que les vieux murs renaissent à leurs danses

Dans des robes sans plis aux froufrous de métal, S'achevant par l'air vide en prestes révérences !

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