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1896

IV

Georges RODENBACH

La chambre triste et lasse est enfin résignée Et s'abandonne au soir qui, sournois, s'insinue : La chambre a l'air plus grande, a l'air aussi plus nue ; L'ombre a tissé ses fils de toile d'araignée

Dans les angles, d'abord plus obscurs, du plafond. Elle fane les étoffes, elle les fonce ; Dans le miroir blêmi, les reflets se défont Comme d'une Ophélie en larmes qui s'enfonce ;

Et les plis des rideaux ressemblent aux ornières Très profondes des vieux chemins d'un vieux pays. Le soir s'amasse, ayant la crainte des lumières, Autour du lustre et des lampes, surtout haïs,

Qui méditent déjà de faire saigner l'Ombre. Tout s'élague dans les ténèbres grandissantes ; Un bouquet riait là, mais il s'efface et sombre Et, dans l'obscurité, les fleurs sont comme absentes ;

Les bronzes nus ont des gestes découragés ; Les vieux portraits d'aïeuls, ceux des aïeules feues, S'assombrissent, ont des visages plus âgés, Et du crêpe a couvert leurs fanfreluches bleues.

La chambre est tout entière en proie au soir ; et c'est Comme si tout à coup la chambre vieillissait.

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