Skip to content
1896

III

Georges RODENBACH

Je me souviens de telles mains, mains gardiennes ! Du rose d'une neige au soleil, lumineuses Comme un albâtre pâle où dorment des veilleuses, Ces chères mains qui m'ont été quotidiennes.

Mains si claires ! Elles s'entouraient d'un halo Dans l'air qui, de les voir jeunes, semblait vieilli ; Si calmes, elles étaient comme un fruit cueilli ; Fraîches, elles semblaient avoir joué dans l'eau.

Ces fières mains, ces mains douces, ces mains bénignes Qui se posaient sur mes cheveux, pleines de zèles ; Qui me couvaient avec l'appuiement chaud des ailes Et miraient dans mes yeux l'écheveau de leurs lignes.

Mains de ma destinée où tout se présagea ! Et le premier émoi de mes mains dans ces mains ! Attouchements définitifs qu'on croit bénins, Endroit minime où l'on se possède déjà.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
III · Georges RODENBACH · Poetry Cove