Je me souviens de telles mains, mains gardiennes !
Du rose d'une neige au soleil, lumineuses
Comme un albâtre pâle où dorment des veilleuses,
Ces chères mains qui m'ont été quotidiennes.
Mains si claires ! Elles s'entouraient d'un halo
Dans l'air qui, de les voir jeunes, semblait vieilli ;
Si calmes, elles étaient comme un fruit cueilli ;
Fraîches, elles semblaient avoir joué dans l'eau.
Ces fières mains, ces mains douces, ces mains bénignes
Qui se posaient sur mes cheveux, pleines de zèles ;
Qui me couvaient avec l'appuiement chaud des ailes
Et miraient dans mes yeux l'écheveau de leurs lignes.
Mains de ma destinée où tout se présagea !
Et le premier émoi de mes mains dans ces mains !
Attouchements définitifs qu'on croit bénins,
Endroit minime où l'on se possède déjà.