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1891

III

Georges RODENBACH

Silence de la chambre assoupie et gagnée Par de l'ombre qui tend ses toiles d'araignée Dans les angles, obscurs les premiers, où l'essor Des rêves va finir son vol de mouches d'or !

Silence où toute l'âme assombrie est encline À se sentir de plus en plus comme orpheline, Toute seule parmi le soir endolori À revoir son passé comme un tombeau fleuri.

Et le songeur muet resonge à son enfance Qui s'écoule et qui fond dans cet obscur silence Dont la vague se mêle à son plus vague ennui. Il entre dans du noir et du noir entre en lui

Et la sensation lui vient, douce et suprême, De changer peu à peu tout en restant lui-même Douceur de ce silence et de ne plus savoir S'analyser et d'être à ce point qu'on croit voir

Des fils d'ombre dans la chambre de sa mémoire Descendre et se confondre en une tache noire Comme la toile d'une araignée où l'essor Des songes va finir son vol de mouches d'or

Et tout s'éteint ! Plus de rêve qui se dévide ! Douceur ! Penser du vague et regarder du vide !

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