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1896

III

Georges RODENBACH

Nous avons nos Limbes obscures Où dorment des projets mort-nés, Comme des enfants sans figures. Rêves en germe, espoirs aînés,

Rosiers trop faibles, lis trop pâles, Avant l'avril déracinés. Nous avons nos Limbes mentales Où sont des désirs mal éclos,

Des fleurs où manquent des pétales ; Jardins obscurs comme un chaos Où des amours non abouties Vivent encor, mais les yeux clos.

Ah ! tant d'images décaties ! Et tout ce beau froment en vain Qui rêvait d'être des hosties. Sombre royaume souterrain,

Labyrinthe d'inconscience, C'est là qu'on est un peu divin… Un rêve y dure, un vœu s'élance ; Un espoir vit, quoique déçu ;

Un reflet à l'eau se fiance ; Et cela bouge à mon insu Dans ce clair-obscur de moi-même : Tout un Univers mal conçu,

Et tout des songes sans baptême !

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