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1891

III

Georges RODENBACH

L'eau vivante vraiment et vraiment féminine Aime le ciel, comme en un hymen consenti, Reflétant ses couleurs — et sans nul démenti ! Car, pour lui correspondre en tout, elle élimine

Les choses qui pourraient mitiger son reflet, Et soi-même s'oblige à rester incolore. Quel émoi douloureux si le vent éraflait Ce cristal où le ciel lointain trouve à s'enclore,

Infidèle miroir désormais nul et nu ! Il est des jours dans cet amour tout ingénu, Dans cet amour du ciel et de l'eau, des jours tristes Où le ciel gris dans l'eau se retrouve si peu ;

Puis d'autres où l'eau gaie absorbe tout son bleu, Bleu de mois de Marie et de congréganistes, Mais c'est le soir surtout que devient mutuel Leur amour, à l'heure où l'eau pâmée et ravie

Brûle des mêmes feux d'étoiles que le ciel ! Lors plus rien n'est dans eux qui les diversifie. Ressemblance ! Miracle inouï de l'amour Où chacun est soi-même et l'autre tour à tour…

Or, dans l'assomption de la lune opportune, — Comme l'amour de deux amants silencieux, Pour se prouver, se réciproque dans leurs yeux, — On voit le ciel et l'eau se renvoyer la lune !

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