Le rêve de l'eau pâle est un cristal uni
Où vivent les reflets immédiats des choses :
Rideaux d'arbres, pignons, mâts des vaisseaux, ciels roses
Auxquels l'eau calme mêle une part d'infini,
Car leur mirage en elle est sans fin et s'allonge
En une profondeur presque d'éternité…
Les choses ont ainsi leurs minutes de songe
Où chacune, dans l'eau, se semble avoir été
Et s'aperçoit déjà vague et transfigurée ;
Car tout en y prenant conscience de soi
Les choses dans l'eau vaste échappent à leur loi
Et plongent un moment dans un ciel sans durée…
C'est ainsi que l'eau frêle a vécu d'irréel !
Certes brièvement s'y réfléchit le ciel ;
Mais, si peu que ce soit, elle possède une âme
Où l'unité divine apparaît par instants ;
Qu'importent les reflets encore intermittents,
Puisqu'ils y sont mêlés en une seule trame
Et que dans l'eau déjà sont réconciliés
Des nuages, des tours et de longs peupliers.