On dirait d'une ville en l'âme se mirant
Avec des peupliers sur les bords, soupirant
Sans qu'on puisse savoir, par un subtil triage,
Si, dans l'eau qui gémit, c'est le bruit du feuillage
Ou si l'eau se lamente avec sa propre voix.
On dirait d'une ville aux innombrables toits…
— C'est triste, toutes ces fenêtres éclairées
Au bord de l'âme, au bord de l'eau-tristes soirées !
Triste ville de songe en l'âme s'encadrant
Qui pensivement porte un clocher et l'enfonce
Dans cette eau sans refus que son mirage fonce ;
Et voici qu'à ce fil de l'âme le cadran
Fond et se change en un clair de lune liquide…
Le cadran, or et noir, a perdu sa clarté ;
Le temps s'est aboli sur l'orbe déjà vide
Et dans l'âme sans heure on vit d'éternité