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1891

II

Georges RODENBACH

On dirait d'une ville en l'âme se mirant Avec des peupliers sur les bords, soupirant Sans qu'on puisse savoir, par un subtil triage, Si, dans l'eau qui gémit, c'est le bruit du feuillage

Ou si l'eau se lamente avec sa propre voix. On dirait d'une ville aux innombrables toits… — C'est triste, toutes ces fenêtres éclairées Au bord de l'âme, au bord de l'eau-tristes soirées !

Triste ville de songe en l'âme s'encadrant Qui pensivement porte un clocher et l'enfonce Dans cette eau sans refus que son mirage fonce ; Et voici qu'à ce fil de l'âme le cadran

Fond et se change en un clair de lune liquide… Le cadran, or et noir, a perdu sa clarté ; Le temps s'est aboli sur l'orbe déjà vide Et dans l'âme sans heure on vit d'éternité

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