L'aquarium où le regard descend et plonge Laisse voir toute l'eau, non plus en horizon, Mais dans sa profondeur, son infini de songe, Sa vie intérieure, à nu sous la cloison.
Ah ! plus la même, et toute autre qu'à la surface ! D'ordinaire l'eau veille, horizontale, au loin. On la dirait vouée à ce seul subtil soin D'être impressionnable au vent léger qui passe ;
De ne vouloir qu'être un clavier pour les roseaux ; Et ne vouloir qu'être un hamac pour les oiseaux, Grâce aux mailles que font les branches réfléchies ; Et ne vouloir qu'être un miroir silencieux
Où les étoiles sont tout à coup élargies ; Et surtout ne vouloir, dans son calme otieux, Que s'orner de reflets, de couleurs accueillies, Fard délayé du visage des Ophélies !
Vains jeux ! Ils sont la vie apparente de l'eau, Une identité feinte, un vague maquillage… Mais dans l'aquarium s'assagit l'eau volage Qui s'isole parmi des moires en halo.
Le mystère est à nu, qu'on ne soupçonnait guère ! C'est l'âme enfin de l'eau qui se dévoile ici : Fourmillement fiévreux sous le cristal transi ; Zones où de gluants monstres se font la guerre ;
Végétation fine, herbes, perles, lueurs ; Et cauteleux poissons doucement remueurs ; Et gravier supportant quelque rose actinie, Dont on ne sait si c'est un sexe ou un bijou ;
Et ces bulles sans but, venant on ne sait d'où, Dont se constelle et se brode l'eau trop unie Comme s'il y tombait un chapelet d'argent ! Ah ! tout ce que le glauque aquarium enchâsse !
Ici l'eau n'est pas toute à la vie en surface, À n'être qu'un écran docile s'imageant… La voici, recueillie, en sa maison de verre N'aimant plus que ce qui, dans elle, verdoie, erre
Et lui fait au dedans un Univers meilleur ! Ainsi mon âme, seule, et que rien n'influence ! Elle est, comme en du verre, enclose en du silence, Toute vouée à son spectacle intérieur,
À sa sorte de vie intime et sous-marine, Où des rêves ont lui dans l'eau tout argentine. Et que lui fait alors la Vie ? Et qu'est-ce encor Ces reflets de surface, éphémère décor ?
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