En de féeriques soirs où l'eau se désagrège, Plus d'un songeur, au bord des canaux rectilignes, Se laissa remorquer par les cygnes ! Beaux cygnes, — Duvets d'aubépins blancs et plumage en barège —
Conduisant le songeur comme un Lohengrin vierge Vers le doux lac d'amour où toute l'eau converge. Et c'était dans l'eau noire un chemin qui s'argente, Un cortège de joie en la nuit affligeante,
Un entraînement blanc vers les faubourgs lunaires, Vers le doux lac d'amour, reposoir de la lune. Car l'orbe de la lune était clair sur l'eau brune. Les cygnes, en rochets plissés des séminaires,
Semaient, dans l'eau, des lis et de blancs azalées Pour l'élévation de la lune agrandie. Toute l'ombre semblait en marche vers l'hostie : Les murailles étaient des robes étalées
De béguines au but de leur pèlerinage, À genoux, eût-on dit, dans l'eau froide, et priantes ; Et d'autres pèlerins dans le pâle sillage De ces blancheurs de plus en plus irradiantes,
Les pèlerins du rêve, adoraient en silence Le lac d'amour dans sa candide rutilence, Reposoir de la lune avec les blanches toiles Du brouillard, comme des nappes de sainte table,
Où les doigts sont lavés de leur passé coupable En égrenant dans l'eau des chapelets d'étoiles ; Et voilà tout à coup, sous des pardons insignes Que, leurs âmes étant absoutes une à une,
Les nocturnes songeurs allaient avec les cygnes Communier sous les espèces de la lune !
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