Tels yeux sont des pays de glace, un climat nu Où l'on chemine sans chemins dans l'inconnu ; D'autres, des soirs de province pleins de fumées Où passent des oiseaux aux ailes déplumées
Qui leur font ces plaintifs regards intermittents ; D'autres vides, mais sous l'influence du temps, Où la mer de leur âme à flots muets déferle, Sont rafraîchis, profonds, mobiles comme une eau,
Flux et reflux du lent regard roulant sa perle ! Or tout s'y mire en un reflet double et jumeau : Ceux-ci gardent le rose ancien d'un couchant rose Qui leur fut un moment d'amour essentiel
Et s'effeuilla dans eux comme une vaste rose ; Ceux-là sont bleus d'avoir tant regardé le ciel, Et, si ceux-ci sont bleus, c'est d'encens qui subsiste. Puis en d'autres — recels compliqués — il y a
De vieux bijoux, de grands arbres, un clocher triste, Des visages que trop d'absence délaya, Des linges démodés d'enfant morte, des cloches, Et des anges dont on devine les approches
À voir, au fil des yeux qui s'en sont tout remplis, Leur robe comme un orgue aux longs tuyaux de plis. Ah ! les yeux ! tous les yeux ! tant de reflets posthumes ! Reliquaires du sang de tous les soirs tombants ;
Chaires où toute noce a promulgué ses bans ; Sites où chaque automne a légué de ses brumes. Yeux ! carrefours de tous les buts s'y résumant ; Fenêtres d'infini ; calme aboutissement ;
Car tout converge à ces vitres de chair nacrée, Miroirs vivants en qui l'Univers se recrée.
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