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1896

I

Georges RODENBACH

La maladie est un clair-obscur solennel, L'instant mi-jour, mi-lune, angoissant crépuscule ! Dans l'ombre qui s'amasse, un reste de jour brûle ; Reverra-t-on la vie au delà du tunnel ?

La maladie est une crise de lumière ; On sent planer l'ombre de l'aile de la mort ; Quelque chose pourtant d'avant-céleste en sort Et répand une paix d'indulgence plénière.

Lente épuration ! Chaste ennoblissement De tout l'être par on ne sait quel charme occulte. Est-ce par la pâleur, par l'amaigrissement Qui fait que le visage en ivoire se sculpte ?

On se croirait un autre ; on se semble être ailleurs ; On voit mieux ; on s'exhausse à des rêves meilleurs ; On a comme soudain en main un bréviaire ; Ah ! qu'on est loin ! Est-ce qu'on habite une tour ?

Épreuve, demi-vie, état intermédiaire ; On se sent anormal tel qu'un cierge en plein jour !

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