La maladie est un clair-obscur solennel,
L'instant mi-jour, mi-lune, angoissant crépuscule !
Dans l'ombre qui s'amasse, un reste de jour brûle ;
Reverra-t-on la vie au delà du tunnel ?
La maladie est une crise de lumière ;
On sent planer l'ombre de l'aile de la mort ;
Quelque chose pourtant d'avant-céleste en sort
Et répand une paix d'indulgence plénière.
Lente épuration ! Chaste ennoblissement
De tout l'être par on ne sait quel charme occulte.
Est-ce par la pâleur, par l'amaigrissement
Qui fait que le visage en ivoire se sculpte ?
On se croirait un autre ; on se semble être ailleurs ;
On voit mieux ; on s'exhausse à des rêves meilleurs ;
On a comme soudain en main un bréviaire ;
Ah ! qu'on est loin ! Est-ce qu'on habite une tour ?
Épreuve, demi-vie, état intermédiaire ;
On se sent anormal tel qu'un cierge en plein jour !