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1896

I

Georges RODENBACH

La main s'enorgueillit de sa nudité calme Et d'être rose et lisse, et de jouer dans l'air Comme un oiseau narguant l'écume de la mer, Et de frémir avec des souplesses de palme.

La main exulte ; elle est fière comme une rose — Sans songer que l'envers est un réseau de plis ! — Et fait luire au soleil ses longs ongles polis Enchâssant dans la chair un peu de corail rose.

La main règne, d'un air impérieux, car tout Ne s'accomplit que par elle, tout dépend d'elle ; Pour le nid du bonheur, elle est une hirondelle ; Et, pour le vin de joie, elle est le raisin d'août.

La main rit d'être blanche et rose, et qu'elle éclaire Comme un phare, et qu'elle ait une odeur de sachet ; C'est comme si toujours elle s'endimanchait À voir les bagues d'or dont se vêt l'annulaire.

Or pendant que la main s'enorgueillit ainsi D'être belle, et de se convaincre qu'elle embaume, Les plis mystérieux s'aggravent dans la paume Et vont commencer d'être un écheveau transi.

Vain orgueil, jeu coquet de la main pavanée Qui rit de ses bijoux, des ongles fins, des fards ; Cependant qu'en dessous, avec des fils épars, La Mort tisse déjà sa toile d'araignée.

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