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1896

ÉPILOGUE

Georges RODENBACH

Ici toute une vie invisible est enclose Qui n'a laissé voir d'elle et d'un muet tourment Que ce que laisse voir une eau d'aspect dormant Où la lune mélancoliquement se pose.

L'eau songe ; elle miroite ; et l'on dirait un ciel, Tant elle s'orne d'étoiles silencieuses. Ô leurre de ce miroir artificiel ! Apparence ! Sérénités fallacieuses !

Sous la blanche surface immobile, cette eau Souffre ; d'anciens chagrins la font glacée et noire ; Qu'on imagine, sous de l'herbe, un vieux tombeau De qui le mort, mal mort, garderait la mémoire.

Ô mémoire, par qui même les clairs instants Sont douloureux et comme assombris d'une vase ; L'eau se dore de ciel ; le chœur des roseaux jase ; Mais le manque de joie a duré trop longtemps.

Et cette eau qu'est mon âme, en vain pacifiée, Frémit d'une douleur qu'on dirait un secret, Voix suprême d'une race qui disparaît, Et plainte, au fond de l'eau, d'une cloche noyée !

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