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1872

Remembrances du vieillard idiot

Arthur RIMBAUD

Pardon, mon père ! Jeune, aux foires de campagne, Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne, Mais l'endroit plein de cris où les ânes, le flanc

Fatigué, déployaient ce long tube sanglant Que je ne comprends pas encore !… [Et puis] ma mère, Dont la chemise avait une senteur amère

Quoique fripée au bas et jaune comme un fruit, Ma mère qui montait au lit avec un bruit — Fils du travail pourtant, — ma mère, avec sa cuisse De femme mûre, avec ses reins très gros où plisse

Le linge, me donna ces chaleurs que l'on tait !… Une honte plus crue et plus calme, c'était Quand ma petite sœur, au retour de la classe, Ayant usé longtemps ses sabots sur la glace,

Pissait, et regardait s'échapper de sa lèvre D'en bas serrée et rose, un fil d'urine mièvre !… Ô pardon ! Je songeais à mon père parfois :

Le soir, le jeu de carte et les mots plus grivois, Le voisin, et moi qu'on écartait, choses vues… — Car un père est troublant ! — et les choses conçues !… Son genou, câlineur parfois ; son pantalon

Dont mon doigt désirait ouvrir la fente… — oh ! non ! — Pour avoir le bout gros, noir et dur de mon père, Dont la pileuse main me berçait !… Je veux taire

Le pot, l'assiette à manche, entrevue au grenier, Les almanachs couverts en rouge, et le panier De charpie, et la Bible, et les lieux, et la bonne, La Sainte-Vierge et le crucifix…

Oh ! personne Ne fut si fréquemment troublé, comme étonné ! Et maintenant, que le pardon me soit donné : Puisque les sens infects m'ont mis de leurs victimes,

Je me confesse de l'aveu des jeunes crimes !… Puis ! — qu'il me soit permis de parler au Seigneur ! — Pourquoi la puberté tardive et le malheur Du gland tenace et trop consulté ? Pourquoi l'ombre

Si lente au bas du ventre ? et ces terreurs sans nombre Comblant toujours la joie ainsi qu'un gravier noir ? — Moi j'ai toujours été stupéfait ! Quoi savoir ? Pardonné ?…

Reprenez la chancelière bleue, Mon père. Ô cette enfance !...... — et tirons-nous la queue !

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