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1870

Les reparties de Nina

Arthur RIMBAUD

Ta poitrine sur ma poitrine, Hein ? nous irions, Ayant de l’air plein la narine, Aux frais rayons

Du bon matin bleu qui vous baigne Du vin de jour ?… Quand tout le bois frissonnant saigne Muet d’amour

De chaque branche, gouttes vertes, Des bourgeons clairs, On sent dans les choses ouvertes Frémir des chairs ;

Tu plongerais dans la luzerne Ton long peignoir, Divine avec ce bleu qui cerne Ton grand œil noir,

Amoureuse de la campagne, Semant partout, Comme une mousse de champagne, Ton rire fou !

Riant à moi, brutal d’ivresse, Qui te prendrais Comme cela, − la belle tresse, Oh ! − qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise, O chair de fleur ! Riant au vent vif qui te baise Comme un voleur !

Au rose églantier qui t’embête Aimablement… Riant surtout, ô folle tête, A ton amant !…

Dix-sept ans ! Tu seras heureuse ! Oh ! les grands prés, La grande campagne amoureuse ! − Dis, viens plus près !…

− Ta poitrine sur ma poitrine, Mêlant nos voix, Lents, nous gagnerions la ravine, Puis les grands bois !…

Puis, comme une petite morte, Le cœur pâmé, Tu me dirais que je te porte, L’œil mi-fermé…

Je te porterais, palpitante, Dans le sentier… L’oiseau filerait son andante, Joli portier…

Je te parlerais dans ta bouche : J’irais, pressant Ton corps, comme une enfant qu’on couche, Ivre du sang

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche Aux tons rosés, Te parlant bas la langue franche… Tiens !… — que tu sais…

Nos grands bois sentiraient la sève, Et le soleil Sablerait d’or fin leur grand rêve Sombre et vermeil !

Le soir ?… Nous reprendrons la route Blanche qui court, Flânant, comme un troupeau qui broute, Tout à l’entour…

Les bons vergers à l’herbe bleue Aux pommiers tors ! Comme on les sent toute une lieue, Leurs parfums forts !

Nous regagnerions le village Au ciel mi-noir ; Et ça sentira le laitage Dans l’air du soir ;

Ça sentira l’étable pleine De fumiers chauds, Pleine d’un rythme lent d’haleine, Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière ; Et, tout là-bas, Une vache fienterait fière, A chaque pas !…

− Les lunettes de la grand’mère Et son nez long Dans son missel, le pot de bière Cerclé de plomb,

Moussant entre les larges pipes Qui, crânement, Fument : dix, quinze, immenses lippes Qui, tout fumant,

Happent le jambon aux fourchettes Tant, tant et plus ; Le feu qui claire les couchettes, Et les bahuts ;

Les fesses luisantes et grasses D’un gros enfant Qui fourre, à genoux, dans des tasses, Son museau blanc

Frolé par un mufle qui gronde D’un ton gentil, Et pourlèche la face ronde Du cher petit…

Noire, rogue au bord de sa chaise, Affreux profil, Une vieille devant la braise Qui fait du fil ;

Que de choses nous verrions, chère, Dans ces taudis, Quand la flamme illumine, claire, Les carreaux gris !…

− Et puis, fraîche et toute nichée Dans les lilas, La maison, la vitre cachée Qui rit là-bas…

Tu viendras, tu viendras, je t’aime, Ce sera beau ! Tu viendras, n’est-ce pas ? et même… Ta poitrine sur ma poitrine,

Hein ? nous irions, Ayant de l’air plein la narine, Aux frais rayons Du bon matin bleu qui vous baigne

Du vin de jour ?… Quand tout le bois frissonnant saigne Muet d’amour De chaque branche, gouttes vertes,

Des bourgeons clairs, On sent dans les choses ouvertes Frémir des chairs ; Tu plongerais dans la luzerne

Ton long peignoir, Divine avec ce bleu qui cerne Ton grand œil noir, Amoureuse de la campagne,

Semant partout, Comme une mousse de champagne, Ton rire fou ! Riant à moi, brutal d’ivresse,

Qui te prendrais Comme cela, − la belle tresse, Oh ! − qui boirais Ton goût de framboise et de fraise,

O chair de fleur ! Riant au vent vif qui te baise Comme un voleur ! Au rose églantier qui t’embête

Aimablement… Riant surtout, ô folle tête, A ton amant !… Dix-sept ans ! Tu seras heureuse !

Oh ! les grands prés, La grande campagne amoureuse ! − Dis, viens plus près !… − Ta poitrine sur ma poitrine,

Mêlant nos voix, Lents, nous gagnerions la ravine, Puis les grands bois !… Puis, comme une petite morte,

Le cœur pâmé, Tu me dirais que je te porte, L’œil mi-fermé… Je te porterais, palpitante,

Dans le sentier… L’oiseau filerait son andante, Joli portier… Je te parlerais dans ta bouche :

J’irais, pressant Ton corps, comme une enfant qu’on couche, Ivre du sang Qui coule, bleu, sous ta peau blanche

Aux tons rosés, Te parlant bas la langue franche… Tiens !… — que tu sais… Nos grands bois sentiraient la sève,

Et le soleil Sablerait d’or fin leur grand rêve Sombre et vermeil ! Le soir ?… Nous reprendrons la route

Blanche qui court, Flânant, comme un troupeau qui broute, Tout à l’entour… Les bons vergers à l’herbe bleue

Aux pommiers tors ! Comme on les sent toute une lieue, Leurs parfums forts ! Nous regagnerions le village

Au ciel mi-noir ; Et ça sentira le laitage Dans l’air du soir ; Ça sentira l’étable pleine

De fumiers chauds, Pleine d’un rythme lent d’haleine, Et de grands dos Blanchissant sous quelque lumière ;

Et, tout là-bas, Une vache fienterait fière, A chaque pas !… − Les lunettes de la grand’mère

Et son nez long Dans son missel, le pot de bière Cerclé de plomb, Moussant entre les larges pipes

Qui, crânement, Fument : dix, quinze, immenses lippes Qui, tout fumant, Happent le jambon aux fourchettes

Tant, tant et plus ; Le feu qui claire les couchettes, Et les bahuts ; Les fesses luisantes et grasses

D’un gros enfant Qui fourre, à genoux, dans des tasses, Son museau blanc Frolé par un mufle qui gronde

D’un ton gentil, Et pourlèche la face ronde Du cher petit… Noire, rogue au bord de sa chaise,

Affreux profil, Une vieille devant la braise Qui fait du fil ; Que de choses nous verrions, chère,

Dans ces taudis, Quand la flamme illumine, claire, Les carreaux gris !… − Et puis, fraîche et toute nichée

Dans les lilas, La maison, la vitre cachée Qui rit là-bas… Tu viendras, tu viendras, je t’aime,

Ce sera beau ! Tu viendras, n’est-ce pas ? et même… Mais le bureau ? Mais le bureau ?

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