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1877

XXX

Jean RICHEPIN

O maîtresse, ta bouche exécrable et charmante Est un rosier fleuri de baisers chauds et frais Qui laissent après eux comme un parfum de menthe. On me dit que tu dois mentir. Et puis après ?

Je veux que ta lèvre mente ; Bah ! si tes baisers sont vrais ! Donc, au clair de la lune, ô chère, ouvre ta porte ! Donc, au fond de l'alcôve, ô belle, ouvre tes bras !

Ton corps est le tombeau de ma volonté morte. Enfer ou paradis, sois ce que tu voudras. Baise-moi d'abord ! Qu'importe Ce qu'après tu me feras ?

Au bois vert de mon cœur ton œil mit l'étincelle. Si tu dois en jeter les cendres quelque jour, En serai-je plus mort ? en deviens-tu moins belle ? La souffrance n'est rien. Le tourment le plus lourd

C'est d'être un oiseau sans aile, D'être un homme sans amour. Va, prends ma vie, elle est à toi, je te la livre. Écris ce qui te plaît sur ce grand vélin blanc.

Déchire, si tu veux, tous les feuillets du livre. Mange ma chair, bois mon esprit, vide mon flanc. Mais vivons ! c'est encor vivre Que de voir couler son sang.

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