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1877

XIII

Jean RICHEPIN

Tu dors ? Ce n'est pas vrai, folle, tu fais semblant. Tu sais bien que ton corps est plus rose et plus blanc Quand il se laisse aller à cette nonchalance Dans le hamac de soie où ma main te balance ;

Tu sais que la langueur tranquille du sommeil Te rend la peau plus fraîche et le sang plus vermeil, Et que tes deux tétins, tandis que tu reposes, Sont deux bouquets de lis et deux boutons de roses ;

Tu sais que des frissons amoureux et troublants Viennent ensoleiller la neige de tes flancs ; Tu sais que tous ces fruits dont ta chair me régale, Je ne puis les flairer sans avoir la fringale ;

Tu sais' trop bien cela, friponne, et, doucement. Sûre de me tenter, tu souris en dormant ; Car tu sens mon désir dont le regard flamboie Planer sur ton sommeil comme un oiseau de proie.

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