Grands oiseaux voyageurs qui risquez l’aventure
De traverser la mer, jamais vous n’y posez ;
Et quand l’ouragan pèse à vos membres brisés,
Vous tombez sur les ponts où l’homme vous capture.
Mais l’heureux goëland à la double nature
Plane ou vogue à loisir sur les flots maitrisés.
À leur crête en fureur son vol met des baisers,
Et leurs dos arrondis lui servent de monture.
Sur les vagues ainsi je veux que mes pensers
Soient dans l’onde et dans l’air tour à tour balancés ;
Et, s’il faut l’avouer, voilà tout le mystère
Qui fait que le vers seul m’y parait excellent.
La prose, même ailée, est un oiseau de terre ;
Mais le vers nage et vole… — Allez, mon goëland !