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1881

VENDANGES

Jean RICHEPIN

Là-bas, sur les coteaux dorés de la Bourgogne, Des gars aux larges reins, forts et luisants de trogne, Font la vendange. On goûte au moût en plein soleil, Et le sang du raisin qui coule à flot vermeil

N’est pas plus beau ni plus rouge que leur sang rouge. Chez nous, c’est sous le noir et bas plafond d’un bouge Que des voyous blafards, couleur tête de veau, Font la vendange. Ils ont pour vin doux et nouveau

Le liquide appelé macadam, une boue Jaunâtre, fade, et qui fait monter à leur joue Non la pourpre du sang, mais l’obscur coloris Du pus prêt à crever au bout d’un panaris.

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