Pourquoi voulez-vous que j'oublie Et que je mette au monument Ou bien au bûcher consumant Mon ancienne amour abolie ?
Pourquoi voulez-vous à mes maux Trouver l'inutile remède ? Pourquoi ce vain discours qui m'aide A me consoler par des mots ?
Vous aurez beau dire et beau faire, Il manque pour mon cœur d'amant Une étoile à mon firmament, Un parfum dans mon atmosphère.
D'un bon conseil vous m'éclairez. Mais, hélas ! je connais d'avance Quelle pauvre et maigre chevance On apporte aux désespérés.
On dit, je l'ai dit comme un autre. Que les regrets sont superflus, Que le passé ne revient plus, Et que ce sort-là c'est le nôtre,
Et qu'une fois l'amour parti, Le plus sage est qu'on y renonce. Mais tout cela vaut-il une once De son baiser le plus petit ?
D'autres, pour calmer ma détresse, Vont me parler de cieux meilleurs, Et chanter que l'on doit ailleurs, Là-haut, rejoindre sa maîtresse.
Ceux-là connaissent nos défauts Et nos désirs d'âme immortelle. Mais cette âme-là, d'où sort-elle ? Et qui l'a vue ? où donc ?… C'est faux.
Il faudrait croire à ces mensonges Pour y trouver l'apaisement. Pour moi votre hypothèse ment Encor plus que mes anciens songes.
Je ne suis pas de vos chrétiens Que notre ici-bas embarrasse. Je ne suis pas de votre race. Je crois au bonheur que je tiens.
C'est pourquoi mes regrets avides N'espèrent pas de lendemains. J'avais mon bonheur dans les mains Et maintenant mes mains sont vides.
Mais je veux y penser ; je veux, En fermant mes yeux lourds de fièvres, Sentir sa bouche sur mes lèvres, Sentir mes doigts sur ses cheveux ;
Et dans ma pensée agrandie Son souvenir qui vit toujours Sur le pays de mes amours Flambera comme un incendie.
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