Le temps de compter jusqu’à vingt, Et voici, net sur ma prunelle, Gravé profondément en elle, Ce que d’une vague il advint.
Le flux remontait vers la terre. Il ventait serré du suroît. J’observais, immobile et droit, Du haut d’un rocher solitaire.
Et tous ses aspects épiés. Rien là ne me distrayant d’elle, J’en eus l’impression fidèle, De l’horizon jusqu’à mes pieds.
D’abord, un frisson sur la plaine De satin vert aux reflets bleus. Puis un grand pli, large, onduleux, Que par dessous gonfle une haleine.
Ensuite, une barre d’acier Rectiligne et raide d’arête. Après, un mont à blanche crête Comme une Alpe avec son glacier.
Soudain, quand de terre elle approche, C’est un monstre au gosier béant, Dont les mâchoires de géant Vont broyer d’un seul coup ma roche.
Non, il s’aplatit, étalé, Tel un linge mouillé qu’on plaque, Et la moitié retombe en flaque Avec un gargouillis râlé.
Mais l’autre, élastique, s’enlève Comme sur sa queue un serpent, Tout à coup, long, aigu, coupant, Rigide, noir, surgit un glaive.
C’est un panache ! Et brin à brin Le vent prend sa plume envolée Qu’il change en averse salée Dans l’air embrumé de poudrain.
Hallucination ? Mensonge ? Non pas. Objets réels et clairs, Images passant en éclairs Dans la rapidité d’un songe.
Ainsi naquit, vécut, devint, Et mourut, strictement notée, Cette vague au corps de Protée, Le temps de compter jusqu’à vingt.
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