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1877

UNE FANTAISIE

Jean RICHEPIN

C'est toi qui l'as voulu. Tu faisais ton devoir De femme curieuse, et ton désir de voir Était si fort que j'ai cédé, petite folle. Comme un saint fatigué du poids de l'auréole

Qui voudrait dans l'enfer se promener un peu, Comme un enfant gâté qui joue avec le feu, Il te plaisait d'entrer au cœur de la fournaise Où le Paris viveur fait la noce à son aise.

Et c'est pourquoi je t'ai conduite sans ennui, Dans un de ces cafés ouverts toute la nuit, OÙ rôde sur le gras velours d'une banquette La Prostitution comme une chienne en quête.

Le gaz, le ruolz clair, les cristaux découpés, Mêlaient leurs flamboiements aux fumets des soupers ; Tout chantait, les baisers, le Champagne, la soie, Les bijoux, les louis ; et tu connus la joie

D'être servie, au bruit grisant du bacchanal, Par un garçon pressé, bouffi, glabre et banal. Quelle drôle de chose est une Parisienne ! Dans ce milieu nouveau tu semblais une ancienne.

Avec un tact exquis tu t'étais sans façon, Pour ne pas détonner, mise au diapason. Malgré le luxe moins voyant de ta toilette, Malgré l'enroulement d'une chaste voilette.

Et le bon goût des fleurs qui semaient ton chapeau, Tu sentais la débauche et portais à la peau ; Si bien qu'en te voyant les coudes sur la table, Rieuse, le teint chaud et l'air peu respectable,

J'ai mené notre amour, les prunelles en feu. Achever le dessert dans un cabinet bleu.

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