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1894

TERRE !

Jean RICHEPIN

Ô patience, ô saint trésor ! Tant fait-on de quarts que la nuit passe. Tant suit-on les astres dans l’espace Qu’enfin le soleil y prend l’essor.

Tant parle-t-on qu’il faut se taire. Tant navigue-t-on qu’on voit la terre. Ô patience, ô sûr recours ! La douleur veut vivre, âpre et têtue.

Le temps, de ses flèches d’or, la tue. Les jours longs jadis se refont courts. Ô temps, ô divin sagittaire ! Tant navigue-t-on qu’on voit la terre.

Ô patience, ô bonne sœur Qui sur la blessure encor sanglante Poses peu à peu de ta main lente La fraîche caresse et la douceur.

Ô temps, ô baume salutaire ! Tant navigue-t-on qu’on voit la terre. Ô patience, ô séraphin Qui dans nos cœurs morts plantes ton glaive !

Ce fumier renaît. Un germe y lève. Il y reviendra des fleurs enfin. Ô temps, ô mot de ce mystère ! Tant navigue-t-on qu’on voit la terre.

Ô patience, ô saint trésor ! Tant fait-on de quarts que la nuit passe. Tant suit-on les astres dans l’espace Qu’enfin le soleil y prend l’essor.

Tant parle-t-on qu’il faut se taire. Tant navigue-t-on qu’on voit la terre.

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