Skip to content
1877

SES YEUX

Jean RICHEPIN

Les beaux yeux bleus de notre reine Hier par ma faute ont pleuré. Je m'en accuse ; et pour ma peine En les chantant je veillerai.

Beaux yeux bleus aux lueurs profondes, Comment mes vers oseront-ils Voguer sur les mouvantes ondes Que font vos changements subtils ?

Quelles nuances sont les vôtres ? Votre azur n'est pas un moment Comme l'azur banal des autres. Vous êtes bleus étrangement.

Quand votre surface reflète Un coin du ciel au ton très doux. Je ne sais quelle violette Fleurit, sombre et triste, au-dessous ;

Et vraiment on ne peut pas lire, Dans ce mélange qui se fond, Si l'espérance y va sourire Ou si le regret pleure au fond.

Sous les brouillards de la colère Vous devenez noirs et couverts ; Et quand la gaîté vous éclaire. Vous étincelez de feux verts.

Parfois c'est gris à fendre l'âme ; Parfois brûlant d'éclat moqueur ; Puis, soudain, froid comme une lame Qui plonge en sifflant dans un cœur.

Passe un rayon dans une larme, Rire du soleil sur la mer, Et vos tristesses ont un charme Délicieusement amer.

Mais surtout, ô chère maîtresse. J'aime tes regards de velours, Alors qu'à mon cœur en détresse Ils versent les opiums lourds,

Et qu'ils font taire les querelles De mon désespoir soucieux Qui s'endort en ouvrant les ailes Dans le firmament de tes yeux.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
SES YEUX · Jean RICHEPIN · Poetry Cove