Les beaux yeux bleus de notre reine
Hier par ma faute ont pleuré.
Je m'en accuse ; et pour ma peine
En les chantant je veillerai.
Beaux yeux bleus aux lueurs profondes,
Comment mes vers oseront-ils
Voguer sur les mouvantes ondes
Que font vos changements subtils ?
Quelles nuances sont les vôtres ?
Votre azur n'est pas un moment
Comme l'azur banal des autres.
Vous êtes bleus étrangement.
Quand votre surface reflète
Un coin du ciel au ton très doux.
Je ne sais quelle violette
Fleurit, sombre et triste, au-dessous ;
Et vraiment on ne peut pas lire,
Dans ce mélange qui se fond,
Si l'espérance y va sourire
Ou si le regret pleure au fond.
Sous les brouillards de la colère
Vous devenez noirs et couverts ;
Et quand la gaîté vous éclaire.
Vous étincelez de feux verts.
Parfois c'est gris à fendre l'âme ;
Parfois brûlant d'éclat moqueur ;
Puis, soudain, froid comme une lame
Qui plonge en sifflant dans un cœur.
Passe un rayon dans une larme,
Rire du soleil sur la mer,
Et vos tristesses ont un charme
Délicieusement amer.
Mais surtout, ô chère maîtresse.
J'aime tes regards de velours,
Alors qu'à mon cœur en détresse
Ils versent les opiums lourds,
Et qu'ils font taire les querelles
De mon désespoir soucieux
Qui s'endort en ouvrant les ailes
Dans le firmament de tes yeux.