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1877

RÉVOLTE

Jean RICHEPIN

J'étais las, je m'éloignais, Quand tu m'as pris les poignets. Je l'implore ; Mais, serrant tes doigts nerveux,

Tu me dis : « Non, je le veux, Reste encore. » Puis, comme j'osais nier Que je fusse prisonnier

Et ta proie, Tu m'as mis deux bracelets Faits de tes cheveux follets, Or et soie.

El, vaincu, je suis resté, Abdiquant ma liberté Reconquise ; Et, lâche, j'ai derechef

Ployé mon cœur et mon chef A ta guise. Toi, tu t'amuses beaucoup De ta force encore un coup

Saine et sauve, Et tu dis que mon orgueil Se dompte au doigt et à l'œil Comme un fauve.

Mais approche, et tu verras Que les muscles de mes bras. En pelotes. Gonflés, plus durs que du fer,

Sont prêts à jeter en l'air Les menottes. Songe à ma force. Tu sais Avec quels poids insensés

Ma main jongle. Songe, et tremble, tu le dois ; Car le sang perle à mes doigts Sous chaque ongle.

Lis dans mes yeux : on y lit Que la colère m'emplit Fibre à fibre, Qu'à la fin je suis à bout,

Et qu'en moi le désir bout D'être libre. Donc, folle, ne ris pas tant ! Il est tout proche, l'instant,

Le suprême, Où je broierai sans rien voir Mon amour et ton pouvoir Et toi-même.

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