J'étais las, je m'éloignais,
Quand tu m'as pris les poignets.
Je l'implore ;
Mais, serrant tes doigts nerveux,
Tu me dis : « Non, je le veux,
Reste encore. »
Puis, comme j'osais nier
Que je fusse prisonnier
Et ta proie,
Tu m'as mis deux bracelets
Faits de tes cheveux follets,
Or et soie.
El, vaincu, je suis resté,
Abdiquant ma liberté
Reconquise ;
Et, lâche, j'ai derechef
Ployé mon cœur et mon chef
A ta guise.
Toi, tu t'amuses beaucoup
De ta force encore un coup
Saine et sauve,
Et tu dis que mon orgueil
Se dompte au doigt et à l'œil
Comme un fauve.
Mais approche, et tu verras
Que les muscles de mes bras.
En pelotes.
Gonflés, plus durs que du fer,
Sont prêts à jeter en l'air
Les menottes.
Songe à ma force. Tu sais
Avec quels poids insensés
Ma main jongle.
Songe, et tremble, tu le dois ;
Car le sang perle à mes doigts
Sous chaque ongle.
Lis dans mes yeux : on y lit
Que la colère m'emplit
Fibre à fibre,
Qu'à la fin je suis à bout,
Et qu'en moi le désir bout
D'être libre.
Donc, folle, ne ris pas tant !
Il est tout proche, l'instant,
Le suprême,
Où je broierai sans rien voir
Mon amour et ton pouvoir
Et toi-même.