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1881

REMÈDE FÉROCE

Jean RICHEPIN

Ma gaieté, tu as la colique D’amour. Depuis le soir jusqu’au retour Du jour,

Tu geins comme un mélancolique Tambour. Ma vieille, si tu veux m’en croire, Ce goût

Ne me plaît pas beaucoup, beaucoup, Et tout Ce que je peux pour toi, c’est boire Un coup.

Nettoie avec la rouge lie Des brocs, Loin des larmes et des sirops, Tes crocs,

Et lance à la mélancolie Des rots. Et prends une purge, bégueule ! Du miel

Ne t’irait pas ; prends du gros sel. Duquel ? Je m’en moque un peu ! Mais dégueule Ton fiel.

Puis, bois ! Et sans faire scandale, Sans bruit, Éclaire avec le vin qui luit Ta nuit,

Et soûle, ivre-morte, ravale L’ennui. Nous allons lâcher d’un coup d’aile Le sol.

Monté sur un flacon sans col, Ton vol Va planer dans l’air qui ruisselle D’alcool.

Et dans une ivresse sans bornes, Sans but, Sur des cheveux de femme en rut Pour luth,

Nous dirons aux tristesses mornes : Bren ! zut !

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