Le fruit mûr tombe en automne, L'arbre sec meurt en hiver ; Et c'est pourquoi je m'étonne De la fraîcheur monotone
Qu'a notre amour encor vert. Oui, depuis plusieurs années Que notre Avril est passé, Bien des fleurs se sont fanées,
Bien des herbes, qui sont nées Avec nous, ont trépassé. Plus d'une espérance folle A germé sous notre ciel,
Puis, triste, a clos sa corolle Sans qu'une abeille qui vole Y vînt parfumer son miel. Nos voluptés apaisées
Ont ressemblé bien des fois Aux feuilles mortes, brisées Par la lourdeur des rosées Qui sont les larmes des bois.
Tes rancœurs et mes colères, Comme un soleil irrité, Ont tari des sources claires Où nos bêtes familières
Aimaient à boire l'été. Capricieux et sans causes, Tes feux en glace changés Ont, Thermidors et Nivôses,
Tour à tour roussi des roses Et gelé des orangers. Mes désirs fous et sans trêves, Comme des vents furibonds
Ont dispersé sur nos grèves Le sable uni de tes rêves Dans leurs vertigineux bonds. Et malgré tout, ô mignonne.
Malgré le soleil, l'hiver, L'orage, le vent, l'automne, Dans son Avril monotone Notre amour est encor vert.
Notre amour est la prairie Où, malgré les fenaisons, L'herbe n'est jamais flétrie ; Et la luzerne fleurie
Qu'en chantant nous y faisons A des pousses toujours fraîches, Regains jamais épuisés, Où nous menons hors des crèches
Paître loin des herbes sèches Le troupeau de nos baisers.
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