De leur dôme parfumé Les promenades couvertes, Près de l’Odéon fermé Montrent leurs feuilles ouvertes.
Je vais sous leur parasol M’asseoir sur les chaises blanches Aux premières de Guignol Qui monte en plein vent ses planches.
C’est Colombine, Arlequin, Pierrot et Polichinelle, Cassandre, vieux mannequin, La comédie éternelle !
Racleur de grinçants accords Un violoniste maigre Semble railler les décors Que fait frémir sa note aigre.
Colombine en ses atours Aime, selon qu’elle y pense, Arlequin qui fait des tours, Pierrot qui garnit sa panse.
Pour le mal rendant le bien, Cassandre toujours pardonne. Cassandre n’y gagne rien Sinon les coups qu’on lui donne.
Polichinelle à la fin Nasillant dans sa pratique Vient annoncer d’un air fin Qu’on va fermer la boutique.
Il trouve que c’en est trop De Colombine fantasque, De l’enfariné Pierrot Et d’Arlequin sous son masque.
Il trouve que l’acte est long, Et vite, vite, il le coupe, Il le coupe pour que l’on S'en aille manger la soupe.
Dans notre esprit habité Par des illusions brèves, Ainsi la réalité Vient terminer tous nos rêves.
On faisait un doux roman Sur l’antique ritournelle, Quand arrive au beau moment Le couic de Polichinelle.
Couic ! il faut te déranger, Dit la panse inassouvie. Couic ! rêver est un danger Quand on doit gagner sa vie.
Couic ! travaille, va, viens, cours ! Le reste n’est que mensonge, Et les instants sont trop courts Pour les dépenser en songe.
Ô vie âpre qui nous tords Comme un grain dans une roue, Vie aux yeux creux, aux pieds tors, Aux doigts crochus pleins de boue,
Polichinelle moqueur, Ventre, amour, chose infernale Qui viens nous percer le cœur De ta pratique banale,
Pour ton vulgaire souci, Pour tes stupides services, Comme on te haïrait, si Tu n’avais pas tant de vices !
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