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PEINES PERDUES

Jean RICHEPIN

Hélas ! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j'essuie, Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant ? Je ne puis rappeler le passé décevant, Ni ranimer le feu dans l'Âtre plein de suie.

L'amour s'est envolé, la flamme s'est enfuie. A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant, Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent, Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie ?

Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords, Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts Et tes pleurs feront-ils s'épanouir des roses ? Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir ;

Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n'arroses Qu'un linceul ; et pas même, encore !… ton mouchoir.

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