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1894

PAUVRES BOUGRES

Jean RICHEPIN

Le grand-père est un rat de quai. Le petit-fils, mousse embarqué. La grand’mère, aux jours les meilleurs, Porte la hotte aux mareyeurs.

Quand le hottage ne va pas., Elle mendie à petits pas, La fille court pour décrocher Les maigres moules de rocher.

La mère avec des hommes soûls Hale pour gagner quatre sous. Pâle bougre plein de calus, Trop malingre pour les chaluts,

Le père à vingt ans s’enrôlait Sur un follier du Pollet. Depuis, il traîne là-dedans L’âpre misère à grince-dents.

Ah ! pauvres gens ! filles, garçons, Au profil triste de poissons, Vieillards dont l’éternelle faim Dans la mort seule aura sa fin,

Haleurs, hotteuses, folliers, Par le sort toujours spoliés, Hélas ! hélas ! les malheureux, Il n’est qu’un bon moment pour eux :

L’heure où, sous l’ombre ensevelis, Ils se pâment au creux des lits, Ravis dans un oubli profond, Sans penser aux enfants qu’ils font.

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