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PARFUM SUPRÊME

Jean RICHEPIN

C'est bien fini. N'en parlons plus ! Cette fin est très naturelle, Et j'ai vraiment versé sur elle Beaucoup trop de pleurs superflus.

C'est bien fini. La tombe et close. C'est bien mort et bien enterré. Le bien, le mal que j'en dirai, Ou rien, sera la même chose.

Pourtant je veux parler un peu, Encore un peu, deux mots encore, Quelques minutes. Je n'implore Que le temps de dire un adieu.

T'ayant profondément aimée, Je garderai ton souvenir, Et toute ma vie à venir En demeurera parfumée.

J'aurai peut-être un autre amour, Ou deux, ou trois, ou vingt, ou trente ; Mais je n'y planterai ma tente Que comme un voyageur d'un jour.

Aucun ne me fera connaître La joie et le deuil insensés Que tes caresses m'ont versés. Toi seule auras eu tout mon être.

Dans les yeux les plus merveilleux Je ne verrai que ton image, Comme le pèlerin Roi-Mage Ne voyait qu'une étoile au cieux.

Sous les plus brûlantes caresses C'est ton corps que mes bras tiendront. Je n'aurai qu'à tourner le front Pour qu'aussitôt tu m'apparaisses.

Dans mes désirs inapaisés, Dans mes plus frénétiques fièvres, Je retrouverai sur mes lèvres Une goutte de tes baisers.

Et que nul ne s'en émerveille ! Je serai comme ces buveurs Que le vin suit de ses saveurs Et qui restent soûls de la veille.

Ils ont beau marcher en plein air, Boire les brises parfumées, Leurs yeux sont remplis de fumées Où flambe encor le vin d'hier.

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