Skip to content
1894

PANTOMIME

Jean RICHEPIN

Ô souvenir, souffleur de bulles ! Qui me dira pourquoi ce soir La plage où je viens de m’asseoir Me fait songer aux Funambules ?

Pourquoi devant l’immensité Mystérieuse et colossale Ne penser qu’à l’étroite salle Où grouille le peuple excité ?

Seul en face de la nature, J’ai beau faire, je ne vois rien Que le vieux tréteau faubourien Dont je sens l’odeur de friture.

Là-bas, au bout de l’horizon Où le soleil vient de descendre, Ce rocher ressemble à Cassandre, Le dos voûté, le chef grison.

Ton murmure, ô mer qui déferles, Me paraît le froufrou coquin De Colombine en casaquin Secouant son tulle et ses perles.

Arlequin mobile et changeant Va bondir hors de la coulisse. Là, c’est ce nuage qui glisse, Pailleté d’écailles d’argent.

Cassandre, courbé sur sa canne, Les guette, tout noir dans la nuit, Tandis que furtif et sans bruit Près d’un portant Pierrot ricane.

Paf ! un coup de pied dans le flanc ! Pouf ! Cassandre en pleine poitrine Reçoit un couffin de farine Qui de tout noir le fait tout blanc.

Et soudain, crevant l’ombre brune, S’épanouit au haut des cieux Le grand rire silencieux Du Pierrot qu’on nomme la Lune.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
PANTOMIME · Jean RICHEPIN · Poetry Cove