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1881

NOS GAIETÉS

Jean RICHEPIN

Quand, soûls, nous braillons un chant, D’aucuns vont nous reprochant Notre dignité partie. Laissez-nous ! les jours sont courts.

On n’est pas gai tous les jours Dans notre partie. Vous nous appelez des fous. Mais, braves gens, savez-vous

Que pour vous jouer ce rôle Nous crevons de faim souvent ? Et dîner avec du vent, Ce n’est pas très drôle.

La faim, la soif et le froid Sont les sujets de ce roi Qui s’intitule poète. Pauvre roi, qui plus d’un jour

Donnerait toute sa cour Pour une omelette ! C’est entendu, c’est certain, Nous aurons quelque matin

Notre colonne Trajane. En attendant ce moment, Nous la changerions vraiment Pour un mac-farlane.

L’auréole et ses rayons, Sacrebleu ! nous les payons En misère avec usure. Nous célébrons notre los.

Quel hymne ! Mais nos sanglots Battent la mesure. Vous qui buvez sans témoins, Et qui mangez pour le moins

Trois fois par jour à votre heure, Taisez-vous, quand par hasard Nous attrapons une part De l’assiette au beurre.

Ne faites pas les méchants. N’ayez pas, grâce à nos chants, Des digestions moins calmes. Ventres creux et gosiers secs,

Nous aimons vins et biftecks Autant que les palmes. Laissez-nous donc rire un peu. Aujourd’hui le ciel est bleu,

Notre tristesse est partie. Laissez-nous ! les jours sont courts. On n’est pas gai tous les jours Dans notre partie.

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