Béni soit le gouffre amer De la mer ! Louange à la vase immonde Qu’elle fut au jour premier.
Saint fumier D’où sort en fleurs notre monde ! Longtemps le globe avait dû, Bloc fondu
Gros de vapeurs et d’effluves, N’avoir pour forme et pour but Que le rut Des Etnas et des Vésuves.
Longtemps l’orbe aérien Ne fut rien Sur ces laves refroidies Qu’un tas de gaz allumé
Consumé Par ses propres incendies. Seul le minéral pouvait, Pour chevet
Où reposer à son aise, Prendre ces débris craquants De volcans À l’haleine de fournaise.
Seuls, buvant l’air sulfureux Fait pour eux, Les rocs monstrueux et chauves Montraient dans ces entonnoirs
Leurs nez noirs Comme des mufles de fauves. Mais sous les feux dévorants, Aux torrents
De fracas et d’épouvante, Ne pouvait s’organiser Le baiser De la cellule vivante.
Enfin, deux gaz en un point Ont rejoint Leur fraternelle accordance, Et dans ces brouillards de poix
Par son poids Voici l’eau qui se condense. C’est un nuage flottant Qui s’étend.
L’atmosphère se contracte. Puis, d’un flux torrentiel, Choit du ciel Une averse en cataracte.
Longtemps, longtemps, au toucher Du rocher Plein de feu dans chaque pore, L’eau qui tombe, au même instant
Remontant, En poussière s’évapore Mais, en remontant aussi, Épaissi
Son corps se reforme en nue, Et du vaste réservoir À pleuvoir Sans trêve elle continue.
Longtemps, longtemps, très longtemps, Combattants Aux renaissantes menaces, L’eau plus forte peu à peu
Et le feu Luttèrent ainsi, tenaces. Mais le brûlant séraphin Dut enfin
Éteindre les étincelles De ses rouges étendards Sous les dards De l’archange aux froides ailes ;
Et l’archange, se couchant Sur ce champ De victoire et de bataille, De son corps fluide emplit
Ce grand lit, Ce grand lit fait à sa taille. C’est la mer, la mer sans bord. Qui d’abord
Recouvrit toute la terre, L’onde aux flots universels Où les sels S’accouplaient dans le mystère.
C’est au fond de ce creuset Que cuisait En bouillonnements funèbres L’être inconscient encor
De l’essor Sous un chaos de ténèbres. Parmi les débris fumants D’éléments
Amalgamés par la flamme, Aux atomes qu’elle unit Dans son nid C’est elle qui donna l’âme.
C’est en elle, dans ses flots, Qu’est éclos L’amour commençant son ère Par l’obscur protoplasma
Qui forma La cellule et la monère. Béni soit le gouffre amer De la mer !
Louange à la vase immonde Qu’elle fut au jour premier, Saint fumier D’où sort en fleurs notre monde
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