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1894

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Jean RICHEPIN

Mais que l’humanité triomphatrice, Se rappelant ainsi ses premiers pas, Sache bien que la mer fut sa matrice. En nous glorifiant n’oublions pas

Que notre apothéose est née en elle. Homme victorieux, ver qui rampas, Souviens-toi, papillon, malgré ton aile, D’avoir été chenille, et dans tes chants

Mets toujours la mer sainte et maternelle ! N’accuse point ses flots d’être méchants, Et parce qu’autrefois sous les déluges Ils ont enseveli tes murs, tes champs,

N’exile pas loin d’eux tes pas transfuges. Aime-les. Reste auprès de ton berceau. Quoi ! la mer est ta mère, et tu la juges ! Mais, comme à ton aïeul le vermisseau,

Elle t’est toujours bonne et nécessaire. Ton présent, ton futur, portent son sceau. Homme, contemple-la d’un cœur sincère, Et tu verras qu’elle est l’ange gardien

De la terre où tu vis et qu’elle enserre. Du flux de l’Atlantique au flux indien, C’est les migrations que font ses ondes Qui te donnent ton pain quotidien.

C’est grâce à leurs vapeurs que sont fécondes Les plaines où tu vas semant ton grain. Regarde-les passer, ces vagabondes, Bienfaisantes enfants de l’air marin ;

Regarde et bénis-les, coûte que coûte, Même rendant obscur le ciel serein ; Bénis-les, bénis-les dans chaque goutte : Car pour toi chaque goutte est un cadeau :

Et pour mieux les bénir, entends, écoute Ce que chante en passant la goutte d’eau.

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