Hélas ! nous aurions beau dans cet hymne superbe Allumer tous les feux des diamants du verbe, Y brûler tout l’encens de tous ses encensoirs, Y prodiguer les fleurs des matins et des soirs,
Y mêler tous les bruits avec tous les murmures, Depuis les sons furtifs glissant sous les ramures Qui se content tout bas des contes divaguants, Jusqu’aux rugissements rauques des ouragans,
Y faire s’envoler sur l’aile du vocable L’ode expliquant dans un éclair l’inexplicable, Y fondre en symphonie aux magiques accords Tous les soupirs de l’âme et tous les cris du corps,
Tout ce qui vibre enfin, et palpite, et s’exprime Aux incantations du rhythme et de la rime, Ô mer, nous aurions beau de cet hymne savant Enfler l’orchestre avec tous les cuivres du vent,
Les cors des brises, les buccins aquilonaires, Et les tambours et les cymbales des tonnerres, Et les hautbois des bois, les flûtes des vallons, Les harpes de l’espace, et tous les violons
Qu’un invisible archet fait pleurer sur les grèves, Ô mer, nous aurions beau dans le plus fou des rêves Avec tout le possible et l’impossible aussi Essayer à pleins cœurs de te chanter ainsi,
Ô mer, mer, tout cela ne dirait pas encore Ni ta grandeur, ni la grâce qui la décore, Ni cette majesté qui nous jette à genoux. Ni tes bontés sans fin qui fleurissent en nous.
Oh ! que chacun plutôt te chante en son langage Et t’offre à sa façon ses vœux dont l’humble gage Témoigne seulement de sa sincérité ! Aucun de tes enfants n’aura démérité,
Quelle que soit sa voix obscure et vagissante, Pourvu qu’au plus profond de lui-même il te sente, Et pourvu qu’il le dise, homme, simple animal, Même plante, mais qu’il le dise, bien ou mal.
Pour moi, mettant ici tout ce que j’ai pu mettre, Domptant l’âpre science aux souplesses du mètre, Laissant sonner aussi la lyre en liberté, L’amour que je te dois, ô mer, je l’ai chanté
Avec toute ma force et ma reconnaissance, J’ai chanté tes beaux flancs où nous prîmes naissance, Tes flancs toujours féconds et la gloire de l’eau, Et, près de pendre sur ton autel ce tableau
En ex-voto pieux prouvant ma foi fervente, Si mon indignité devant toi m’épouvante, J’ai pour rendre la paix à mon cœur anxieux La consolation d’avoir fait de mon mieux
Et d’avoir mis ma lèvre en m’abîmant en elle Aux seins inépuisés de l’Isis éternelle.
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