D’aucuns ont un pleur charitable Pour Jésus né dans une étable. Je sais un sort plus lamentable. Je sais un enfant ramassé,
Un jour de décembre glacé, Nu comme un ver, dans un fossé. Il est nuit. Pas une voisine N’offre sa grange ou sa cuisine
À la pauvre mère en gésine. Malgré sa mine et son danger, Qui donc voudrait se déranger ? Elle est en pays étranger.
Donc, depuis l’étape derrière, Se traînant d’ornière en ornière Elle va, bête sans tanière, Bête hagarde qui s’enfuit,
Et cherche à tâtons un réduit, Les yeux grands ouverts dans la nuit. Ses reins lui pèsent. Ses mamelles Que gonflent des cuissons jumelles
Sont pleines comme des gamelles. Son ventre, où flambent des charbons, Sent l’enfant, fils des vagabonds, Qui veut sortir et fait des bonds.
Elle va quand même, plus lente, Tirant ses pieds lourds dont la plante Saigne. Elle va, folle, hurlante, Soûle, et, boule, roule au fossé,
Et maudit le mâle exaucé Par qui son flanc fut engrossé. La face au ciel, comme en extase, Elle se tord. Son cou s’écrase
Sur les cailloux et dans la vase. Elle accouche enfin, en crevant ; Et le gueux nouvel arrivant Grelotte et vagit en plein vent.
Le vent est dur, sa chair est nue. Aucune étoile dans la nue Ne vient saluer sa venue. Pas de mages, pas de cadeaux,
De crèche, de bergers badauds ! Il est seul, couché sur le dos, Comme un supplicié qui claime, Tout noir près du cadavre blême,
Sans personne au monde qui l’aime ; Et, par sa mère au ventre ouvert Je jure, le front découvert, Que l’autre n’a pas tant souffert !
Cookies on Poetry Cove