Celui qui fit cette chanson. Novice au cabotage, Toujours le premier au bidon Autant comme à l’ouvrage,
Un bon garçon ! C’est à Nantes, dessur le quai, Un jour de grand’misère, Que le terrien s’est embarqué,
Rincé comme un cul d’verre, Mais quand mêmʼgai. Sombré dans un ruisseau à sec, Le ventre à fond de cale,
N’avait pour se calfater l’bec Pas même un peu d’eau sale. Et rien avec. Par là passant deux matelots
Virent le pauvre bougre. Lui disʼnt : — Viens lester tes boyaux À bord de notre lougre. Va-t-à Bordeaux.
Monta sur le plancher sans toit, S’y fit la soute pleine, Lécha la gamelle et ses doigts, Puis dit au capitaine :
— Voulez-vous d’moi ? Savait quoi fairʼ de ses palʼrons, Mais les avait solides. Soulève unʼ vergue tout du long,
Et dit : — Quand j’suis pas vide, Je suis d’aplomb. — Va bien. On t’emplira, du gas Répond le capitaine.
J’y fournirai, t’y fourniras, Moi l’huile à ta lanterne. Toi l’huilʼ de bras. Et de Nantes jusqu’à Bordeaux
Trime à la matelote, N’ayant qu’un tricot sur le dos, Et pour fond de culotte Le drap d’sa peau.
Mais pas ne se fait de chagrin. Toujours chante à voix haute, Apprend le parler mathurin De ses frères-la-côte,
Fil premier brin. Si bien que lorsqu’il mit le pied Chez ces dames gentilles, À voir ses yeux en écubiers
La plus joliʼ des filles Le crut gabier. Vivent les deux bons cachalots Qui furent pitoyables,
Aussi le patron du bateau Qui fit du pauvre diable Un matelot ! Jamais, si longtemps qu’il vivra
Si ponton qu’il devienne, Jamais ceux qui l’ont pris sous l’bras, Jamais le capitaine Il n’oubliera !
Celui qui fit cette chanson, Novice au cabotage, Toujours le premier au bidon Autant comme à l’ouvrage,
Un bon garçon !
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