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1894

LES PHARES

Jean RICHEPIN

Le soleil dans les flots a noyé son tison Comme un brûlot lancé d’abord en émissaire. Et voici qu’à sa suite, au vent qui les lacère Les voiles de la nuit s’enflent sur l’horizon.

Elle approche, grandit, s’embosse en trahison, Cette flotte, de l’ombre aux vaisseaux de corsaire, Et pas à pas, sans bruit, le cercle se resserre Contre la côte étreinte en ce mur de prison.

Mais les phares sont là pour chasser le pirate. Ils éclairent soudain sa marche scélérate, Accrochent leurs grappins lumineux à son bord. Et leurs blancs pavillons aux pavillons funèbres

Ripostent, cependant que par chaque sabord Le sol crachant ses feux mitraille les ténèbres.

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