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1881

LES MÔMES

Jean RICHEPIN

Les marchands de marrons allument leurs fourneaux Aux encoignures des mastroquets, dans les brumes. Voici le dernier cri des chandes de cerneaux Annonçant l’hiver et ses rhumes.

Les petits va-nu-pieds qui n’ont pas de logis Aux fourneaux à marrons viennent chauffer leurs pattes Et la porte de feu met sur leurs nez rougis Des rayonnements de tomates.

Quand le vieux Savoyard tourne ses gros yeux ronds Pour voir ce qui se passe au fond de la boutique, Les petits effrontés lui chipent des marrons À la barbe de la pratique.

Ces mômes corrompus, ces avortons flétris, Cette écume d’égout, c’est la levure immonde De ce grand pain vivant qui s’appelle Paris Et qui sert de brioche au monde.

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