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1877

LES CRUCIFIES

Jean RICHEPIN

Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux. Ils sont cloués vivants aux bras de la femelle ; L'épine dérisoire à leurs cheveux se mêle ; Le sang perle en sueur sur leur front douloureux :

Et quand les rouges pleurs tombent de leurs yeux creux. Aucun ange ne vient rafraîchir de son aile La brûlure du trou béant à leur mamelle ; Un Dieu n'entr'ouvre pas le ciel exprès pour eux.

Pas même un bon larron ! Golgotha solitaire ! Le désespoir qu'ils ont au cœur, il faut le taire. Ou, s'ils osent crier « Lamma Sabacthani », Leur croix, la femme, au vent railleur se prostitue ;

Et, sentant qu'avec eux leur amour est fini, Ils meurent en doutant de la foi qui les tue.

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