Les vrais crucifiés, ce sont les amoureux.
Ils sont cloués vivants aux bras de la femelle ;
L'épine dérisoire à leurs cheveux se mêle ;
Le sang perle en sueur sur leur front douloureux :
Et quand les rouges pleurs tombent de leurs yeux creux.
Aucun ange ne vient rafraîchir de son aile
La brûlure du trou béant à leur mamelle ;
Un Dieu n'entr'ouvre pas le ciel exprès pour eux.
Pas même un bon larron ! Golgotha solitaire !
Le désespoir qu'ils ont au cœur, il faut le taire.
Ou, s'ils osent crier « Lamma Sabacthani »,
Leur croix, la femme, au vent railleur se prostitue ;
Et, sentant qu'avec eux leur amour est fini,
Ils meurent en doutant de la foi qui les tue.