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1877

LE SOLEIL PAUVRE

Jean RICHEPIN

Vois-tu le soleil d'hiver, Comme il est blanc, le pauvre homme ! Comme il a l'air triste, et comme De haillons il est couvert !

Ces haillons sont fait dé brume Que met en loques l'autan. Le vieux soleil grelottant Dans le ciel brouillé s'enrhume.

Pendant qu'ici nous plaçons Nos pieds sur la cheminée, Sa face parcheminée A pour barbe des glaçons.

Nous grillons notre pantoufle Contre le chenet ardent. Lui, là-haut, nous regardant. Sur ses doigts roidis s'essouffle.

Le gel lui gerce la peau. Son nez coule comme un cierge. On dirait un vieux concierge. Tiens ! il tire son chapeau.

O m'amour, quelle ruine ! Lui qu'on vit incendiant Tout le ciel, ce mendiant Tend la main dans la bruine.

Roulant des yeux en dessous, Il quémande, pitoyable. Jadis il nous fut bon diable. Il faut lui donner deux sous.

A ce roi chassé du trône, Pour le réchauffer un peu. Envoie aussi fort qu'on peut Ton baiser comme une aumône.

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