Sur les landes désolées,
Avant-coureurs d’ouragans
Passent en brusques volées
Des souffles extravagants
Où les feuilles envolées
Dansent des farandolées
En caprices zigzaguants.
D’étain gris la mer se broche.
Au fond rentre le poisson.
L’oiseau retourne à sa roche.
Une lueur de glaçon
Aux crêtes des flots s’accroche.
Et partout de proche en proche
Court un étrange frisson.
Tout à coup, un grand silence !
Plus rien au vert promenoir.
Dans l’azur un fer de lance
Creuse un sinistre entonnoir.
Le pétrel alors s’élance,
Crie, un moment se balance,
Puis cingle droit au trou noir.
Seul dans l’étendue immense
Il aime à humer ce vent.
Il en a l’accoutumance.
Il l’appelle en le bravant.
Et la bataille commence
Entre l’orage en démence
Et lui qui vole au devant.
L’orage comme une boule
Le roule sans le saisir.
Dans ses doigts il glisse, il coule,
Il passe, il joue à loisir ;
Et de la céleste houle,
D’espace, d’air, il se soûle,
Le bec claquant de plaisir.
Ô pétrel, loin du rivage
Où nous gisons dans la paix,
Loin de ce lâche esclavage,
Loin de ce sommeil épais,
Nous que le repos ravage,
Emporte-nous donc, sauvage
Qui d’ouragans te repais.
À ton âme fraternelle
Vont nos âmes de démons.
Nous nous sentons vivre en elle.
Ô farouche, nous t’aimons.
Il faut à nos cœurs ton aile,
L’éclair à notre prunelle,
Et l’orage à nos poumons.