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1877

LE PENDU JOYEUX

Jean RICHEPIN

Je te l'ai dit, je suis à toi jusqu'au trépas. Quoi qu'il puisse arriver, je ne me plaindrai pas. Je sais bien que l'amour est une maladie A laquelle il n'est rien de sûr qui remédie ;

Je sais que d'écouter l'ensorcelante voix, C'est boire à pleine gorge un poison, et j'en bois. Je connais qu'on en souffre, et je crains qu'on n'en meure. Mais au diable demain ! Je veux jouir de l'heure.

Le soir où ton beau corps entre mes bras tombait. Si quelqu'un m'avait dit : « Ce corps est ton gibet. — Qu'on me pende, ça va, j'aurais dit, et qu'on m'aime ! » Et j'aurais à mon cou mis la corde moi-même.

Je suis comme ce gueux qui riait de la mort, Et qui sans peur, sans pleurs, sans regret, sans remord, Chantait un air à boire en lâchant l'existence Et dansait une gigue au bout de sa potence.

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