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1881

LE MORT MAUDIT

Jean RICHEPIN

La pauvre antique baraque, Juchée en haut du coteau, À toutes les bises craque Et par tous les joints fait eau.

La porte sans gonds, ballante, Gémit comme un chat-huant. C’était la maison roulante Où couchait le vieux truand.

Le vieux truand, à la brune, Jetait des sorts aux troupeaux, Et savait au clair de lune Faire chanter les crapauds.

Une nuit de grand tonnerre, Mystérieusement seul Il est mort, le centenaire Sans prière et sans linceul.

Ne le voyant plus paraître ; On est venu chez le vieux. On a su sa mort. Le prêtre A dit que c’était tant mieux.

Pour mettre son corps en terre Nul n’osa franchir le seuil. Le cadavre solitaire Eut la hutte pour cercueil.

Aussi, sur la lande bleue Quand vient l’ombre, épouvanté Le plus fier fait une lieue Pour fuir le coteau hanté.

Car on sait que le fantôme Mort sans un de Profundis Vous demande un bout de psaume Pour entrer en paradis,

Et l’on veut avec rancune Lui laisser pour tout repos La chanson du clair de lune Qu’il apprenait aux crapauds.

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